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Aux origines de
la vie cistercienne
Aujourd'hui
présente sur quasi toutes les latitudes, adaptée aux diverses sensibilités
culturelles, rendue célèbre par Saint Bernard, la vie cistercienne trouve son
origine au Moyen Age. Enracinée dans le monachisme bénédictin, elle est un fruit
de la réforme grégorienne.
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Saint Benoît
Saint Benoît de
Nursie (472-547) est reconnu
comme le Père des moines
et des moniales
occidentaux. Il a
laissé une Règle monastique,
laquelle fut imposée sous
Charlemagne à l'ensemble
des monastères de
l'empire d'Occident.
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Interprétation du
message évangélique, elle propose une "école du service du Seigneur" dans
laquelle moines ou moniales sont invités à chercher Dieu dans la prière et la
communion fraternelle. Engagés par les vœux de conversion, de stabilité et
d'obéissance, ils sont guidés dans leur recherche de Dieu par un Abbé ou une
Abbesse et une Règle,

selon un judicieux
équilibre entre : prière liturgique, étude et méditation de la Parole de Dieu et
travail manuel. Cette Règle inspire encore aujourd'hui la vie des bénédictins et
des cisterciens.
Cîteaux
Dans la mouvance de
la réforme grégorienne, le XI° siècle est marqué par un élan de renouveau
monastique caractérisé par un retour aux sources de la tradition. La recherche
d'une interprétation de la Règle de Saint Benoît allant dans le sens de plus
d'authenticité, d'un plus grand dépouillement liturgique et matériel va à
l'encontre du pompeux monachisme clunisien souvent mêlé aux "affaires du
siècle". De nouvelles fondations bourgeonnent un peu partout en France et dans
le Nord de l'Italie dans lesquelles s'inscrit la réforme de Cîteaux.

Le 21
Mars 1098, une vingtaine de moines, sous la conduite de leur abbé, Robert,
quittent l'abbaye de Molesme à Langres et se rendent en un lieu désert, Cîteaux,
au sud de Dijon pour y fonder le "Nouveau Monastère". "Ecole de l’amour", leur
but est de chercher Dieu dans la pauvreté et la solitude évangéliques, soucieux
d'une fidélité intégrale à l'idéal bénédictin. La liturgie est plus sobre, le
travail manuel remis à l’honneur.

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La vierge Marie y
est particulièrement honorée |
En
raison de difficultés matérielles, du peu de recrutement, les débuts sont
difficiles. Albéric succède à Robert rappelé par les moines de Molesme désireux
de retrouver "leur" abbé. Nous devons à Albéric la construction du monastère et
l'institution des moines convers*. En 1108, un Anglais, Etienne Harding, devient
abbé.
Réponse aux appels
de l'Esprit pour son temps, le "Nouveau Monastère" ne tarde pas à prendre son
essor : les vocations affluent. En 1113, une première fondation donne le coup
d'envoi à l'expansion de la réforme. La même année, Bernard de Fontaine, ainsi
qu'une trentaine de ses parents et amis, se présentent à Cîteaux et lui donnent
une impulsion décisive.
Les fondations se
multiplient alors, unies entre elles par la Charte de Charité**. Dès 1125 au Tart dans le diocèse de Langres éclot la première communauté de moniales dont la
première abbesse est Elisabeth de Vergy. Très vite des monastères bénédictins,
dont les moines de Sainte-Marie du Rivet en 1189, embrassent la réforme.
En
1298, bénéficiant du charisme et de l'action de Saint Bernard, de ses écrits
porteurs d'une véritable doctrine spirituelle, l'abbaye de Cîteaux est à la tête
d'un Ordre constitué de près de 500 monastères.
A
partir du XIV° siècle, divers facteurs, – le développement urbain, l’apparition
des ordres mendiants, l’abolition du servage et surtout les grands fléaux que
furent la peste noire, la guerre de Cent Ans, l’exil des papes d’Avignon et sa
conclusion, le Grand Schisme – amorcent une période de déclin. En point
d’orgue, le régime de la commende***
et les
taxes causent des ravages tant matériels que spirituels. Avec le séisme que
représente la Réforme Protestante, des pans entiers de l’ordre s’effondrent…
Après différentes tentatives de reprises en main sporadiques et éphémères,
l’Italie, l’Espagne, la France, avec l’œuvre des « congrégations » qui fédère
des abbayes en vue d’un renouveau de l’idéal cistercien voient se lever une
lueur…
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La Trappe
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Au XVII° siècle
libertin, l’abbé Armand Jean Le Bouthiller de Rancé, un intellectuel brillant et
mondain, à la suite d’une forte expérience intérieure, se présente au monastère
de la Trappe de Soligny en Normandie dont il était abbé commendataire. Il trouve
une communauté moribonde. Les moines jouent à la pétanque dans un monastère en
ruine… Décadence… Fort de son expérience de prière et d’un tempérament
énergique, Dom Armand s’avère un réformateur zélé. Il restaure la régularité
monastique ainsi que la vie fraternelle. Son entreprise fait tache d’huile, il
est à la tête de la réforme nommée « trappiste » ou « étroite observance ».
Malheureusement ce renouveau ne fait pas l’unanimité de la famille cistercienne
qui est désormais divisée : l’étroite observance et la commune observance.
Au XVIII° siècle, les trappistes n’échappent pas à la tourmente révolutionnaire et
sont expulsés de leurs monastères. En 1791, sous la direction de Dom Augustin de
Lestrange, le successeur de Dom Armand, un groupe de moines se réfugie en Suisse
au monastère de la Valsainte rejoint par d’autres moines et moniales. En 1798,
devant l’invasion des troupes napoléoniennes, il faut fuir. Deux cent cinquante
personnes dont une centaine d’enfants s’exilent jusqu’en Russie.
Les
religieux ne reviennent qu’en 1802 en plusieurs groupes, trois de moines, en
Amérique, en Allemagne et en Suisse avec Dom Augustin, et trois de moniales, en
Angleterre, en Allemagne et en Suisse à la Riedra. Peu à peu, le mouvement
regagne l’Europe.
La communauté
actuelle du Rivet est issue de la lignée de la Riedra en Suisse. Fondée à
Blagnac près de Toulouse en 1852 par les sœurs de Maubec****, elle choisit de se
transférer au Rivet en 1938… et de rendre à la prière ces vieilles pierres
marquées par l’histoire.
Vers l’avenir
Aux XIX et XX° siècles émergent trois caractéristiques. Les diverses tendances
cisterciennes tentent de se rapprocher notamment par une mémorable rencontre le
21 mars 1998 à Cîteaux pour le neuf-centième anniversaire de la naissance du
« Nouveau Monastère. » Des fruits de réconciliation percent çà et là. L’ordre
cistercien « trappiste » s’étend en Afrique, Amérique latine, Asie qui lui
donnent un nouveau visage. Et surtout il bénéficie du nouveau souffle apporté
dans l’Eglise par le Concile Vatican II caractérisé par la spiritualité de
communion et l’ouverture au monde.
Les dernières
années voient une plus grande complémentarité vécue entre moines et moniales
notamment au niveau du gouvernement sous l’impulsion de notre actuel Abbé
Général, Père Bernardo Olivera, l’émergence plus affirmée de groupes de « laïcs
cisterciens » affiliés et une ouverture sur le monde arabe, – fruit du sacrifice
de nos sept frères de Thibirine en Algérie, en mai 1996 – et les pays de l’Est.
Réparti sur tous les continents l’ordre de la stricte observance compte
actuellement 141 communautés de moines et moniales et près de 4100 membres.
Ces
succinctes bribes d’histoire peuvent laisser perplexe quant à une image statique
et idyllique de la vie monastique. Heureux en est-il, elles peuvent aussi
réconforter. Lorsque Robert, Albéric, Etienne, Elisabeth, Bernard, Humbeline,
Armand, Augustin… et chaque moine et moniale remet sa vie entre les mains de
Dieu pour l’aimer et le servir chaque jour de sa vie, solidaire de ses frères et
sœurs en humanité, il ne sait pas d’avance par quels zigzags l’Esprit Saint le
conduira et rendra sa vie féconde.
* A l’origine ils
étaient des paysans en majorité serfs qui venaient chercher du travail à
l’abbaye. Peu à peu ils se sont intégrés à la communauté selon un rythme
monastique adapté à leur vie.
** Il s'agit d'un
document administratif qui établit un lien d'entraide et de charité entre les
différents monastères. Une clause intéressante et originale pour l'époque est
l'interdiction pour une maison fondatrice de faire peser des taxes sur une
maison fille : chacune doit avoir son autonomie.
*** « Au début
la commende n’était qu’une pratique provisoire : le Saint-Siège confiait, par
exemple pour le temps d’une vacance de pouvoir, l’administration d’un monastère
à un évêque ou à un clerc séculier. A partir du milieu du XV° siècle cette
gestion intérimaire du bénéfice d’une abbaye passe, en bien des régions, sous
autorité royale ou princière. En même temps elle se mue progressivement en
exploitation permanente… Cela cause des ravages qu’aggravent encore les charges
fiscales imposées dorénavant par les rois et les papes », explique Père
Marie-Gérard Dubois abbé émérite de la Trappe dans « De déclins en renouveau »,
La Vie, Notre Histoire, hors série n° 3, p. 25, 1998.
**** La communauté de Maubec (Drôme) est actuellement transférée à Blauvac
(Vaucluse). Elle compte une vingtaine de moniales.
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