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La vie de communauté

 

La vie commune et fraternelle

 

La vie commune et fraternelle, selon la Règle de saint Benoît et la spiritualité que nous ont léguée nos Pères Cisterciens, est une vie de partages – partages des biens, partages des cœurs – dont le but est l’union à Dieu : la vie avec Lui à l’intime du cœur. 

 

Dans la vie quotidienne, au travail, à l’église, au réfectoire, dans le silence, la communion des cœurs, les unes avec les autres, chacune grâce à l’autre, nous expérimentons la Présence de Dieu, son Amour, son Mystère : nous devenons des « sentinelles de l’Invisible »(1). Et ce que nous sommes chacune, ce que nous partageons, ce que nous faisons ensemble nous permet de laisser Dieu nous combler de biens et de grâces qui font de nous des témoins de son Amour, de sa Présence, de son Mystère : qui font de nous des éveilleurs de désirs.

 

A l’orée du XIIéme siècle, les Pères fondateurs de Cîteaux, Robert, Albéric et Etienne, étaient animés au fond de leur être par un tel idéal : celui d’éveiller le désir de Dieu chez les hommes du monde. Pour cela, ils avaient emprunté le chemin de l’Evangile, ils s’étaient faits « pauvres avec le Christ pauvre ».

 

Les premiers disciples de Cîteaux entrés au noviciat avec saint Bernard étaient tous des nobles, des chevaliers, et ils avaient tout abandonné pour un genre de vie simple, ordonnée à la prière et au travail, une vie où plus rien ne leur appartenait, ni leur propre corps, ni même leur volonté propre. Ils avaient fait vœu d’obéissance « comme on reçoit l’adoubement » ; et en tout, ils se soumettaient, ils se conformaient, aussi bien intérieurement qu’extérieurement, à la vie de communauté, aux veilles, aux jeûnes, à la lectio divina, aux ordres de l’Abbé. Ils étaient devenues des hommes libres. Et libres de tous biens, ils possédaient la joie. Et c’était cette joie, fût-elle même intérieure, dans le secret des cœurs, dans la lumière des yeux plutôt qu’exposée sur le sourire des lèvres, c’était cette joie de l’Esprit Saint qui brillait et attirait ceux qui ne connaissaient pas Dieu. C’était cela qui témoignait d’une Présence Invisible dans le monde. 

 

Avec ces premiers moines de Cîteaux, le monastère prit le nom d’école de charité. Ainsi, lorsque l’on devient cistercien, cistercienne, c’est pour apprendre à aimer. L’ascèse monastique n’est plus seulement corporelle ou spirituelle, elle est affective. Vivre en Dieu consiste à vivre en sœurs. C’est là, au sein de la vie fraternelle, que s’expérimente l’amour de Dieu, dans la sœur à aimer, dans la sœur qui nous aime ; c’est là que Dieu se rencontre, dans le commandement vécu de l’amour de Dieu et du prochain.

 

Vivre au cœur d’une communauté nous conduit aussi à chercher un équilibre, celui de la solitude et de la relation. Nous sommes appelées à une vie de communauté, mais nous sommes appelées aussi à une vie de solitude. Chacune a son espace intérieur qui doit être sauvegardé, ce qui lui permet d’avoir aussi un espace extérieur que le silence préserve. 

 

La vie de communauté est simple, mais elle n’est pas facile. Nous rentrons au monastère avec notre tempérament, notre histoire, notre éducation et il faut beaucoup d’amour des autres et d’oubli de soi pour que la loi de la vie commune devienne réellement unité de l’esprit. Unité ne veut pas dire uniformité. Et c’est une réelle bénédiction, lorsque, dans un monastère, les richesses de chacune sont reçues comme un don, une complémentarité déployant ainsi la grâce multiforme de Dieu.

 

Tout nous est commun. Notre genre de vie nous ramène ainsi à l’essentiel, où ce n’est plus le moi qui domine... Le but est de parvenir à Dieu –  en portant le monde à qui nous offrons nos prières –  et à  la communion de l’amour et l’amour de la communion, c’est-à-dire la vie de l’Evangile.


(1)  Jean Paul II à Lourdes, homélie du 15 août 2004

 

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