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Ogier de Locedio
(1145-1214, moine cistercien de l’abbaye de Locedio en Italie)
L a V i s i t a t i o n
Marie, -oui, notre
Marie, et plût à Dieu qu’elle soit nôtre et toujours nôtre !- ne s’élève
pas en considérant son rang hors pair, mais, se souvenant à travers tout de sa
condition, elle se reconnaît la servante de Celui dont elle est élue la mère,
et, en même temps, souhaite avec grande ardeur voir s’accomplir la promesse de
l’ange.
Ainsi, loin d’être incrédule à l’oracle, loin
d’être incertaine du message, loin de douter de l’exemple cité, mais, tout au
contraire, joyeuse d’accueillir la volonté exprimée, pleine de sens religieux
pour le devoir à accomplir, pressée de trouver cette joie, elle va visiter
Elisabeth, et se soucie de montrer aux hommes la même humilité qu’elle a
montrée à l’ange.
Ni la difficulté du chemin, ni la fatigue de la
route ne l’ont fait hésiter ; la voici partie, au contraire, avec hâte,
dans la montagne, elle est allée dans une bourgade de Judée, elle est entrée
dans la maison de Zacharie, et elle a salué Elisabeth.
Oh ! Qu’elle est heureuse, cette
Elisabeth ! Qu’elle est bienheureuse cette femme au service de laquelle
s’empresse la Reine du monde ! À qui cette bienheureuse vierge, choisie
comme Mère de Dieu, se hâte de présenter ses devoirs, que salue celle qui porte
dans son sein le Salut du monde ! Oui, vraiment bienheureuse celle qui a
mérité d’être visitée, saluée aidée par une telle hôtesse, par la Vierge si
belle, par la Mère de Dieu, par celle qui a mis au monde le Christ !
Quelle est la femme plus heureuse qu’elle ? Quelle est celle qui, en
dignité, surpasse Elisabeth ? Seule pourra être trouvée plus heureuse
qu’elle celle qu’elle proclame précisément tellement bienheureuse.
Oh ! Si cette Vierge porteuse de salut daignait,
par amour, entrer dans mon âme ! Oh ! Si une seule fois je méritais
d’être salué par celle dont est sorti le vrai Salut du monde !
Oh !
qui me donnera que la Mère de mon Seigneur vienne à moi, pour me communiquer la
santé de l’âme et du corps, pour m’accorder et me donner ce Salut qu’elle-même,
vierge, a conçu et mis au monde, sans connaître le commerce de l’homme, celle
qui sauve son peuple de ses péchés.
in Traité des louanges de la Mère
de Dieu.
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