Un texte pour prier


Christian de Chergé
Prier et aimer, c’est tout un

Je ne suis pas un spécialiste, un technicien de la prière, peut-être parce que j’ai conscience de balbutier de plus en plus dans ma propre recherche de prière. Et mes frères savent bien cette médiocrité. Et ils vous diraient tout aussi bien qu’il m’arrive de sommeiller dans ma prière, et que parfois même cela s’entend. C’est peut-être une grâce ? Une grâce qui serait dû au patronage de Thérèse de l’Enfant-Jésus auquel j’ai confié tous mes engagements monastiques ! Luttant contre les distractions et le sommeil dans son action de grâce, Thérèse découvre une autre voie d’abandon qui rend moins inconcevable qu’on puisse s’endormir dans la prière à la façon d’un tout-petit dans les bras de son père. […]. Non, nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit SAIT, et lui ‘seul’, et c’est ineffable. Aussi, quand j’accepte de lui offrir mon ‘silence’, je sais de mieux en mieux qu’il se passe quelque chose, et que j’entre dans une ‘symphonie’. […]. Bien sûr, je suis bâti pour l’AMOUR. Mais le même Esprit de Jésus me suggère que c’est tout un, prier et aimer. C’est pour cela qu’il me construit à ciel ouvert, car il ignore les ghettos. Je n’ai pas à lui ouvrir, car c’est de l’INTERIEUR qu’il vient et qu’il opère ; voilà pourquoi on ne sait jamais trop d’où il vient, ni surtout comment s’édifier soi-même dans l’amour. […]. Je laisse aussi Dieu me réconcilier avec les autres tels qu’ils sont. Il y a en communauté ou dans le monde des heurts trop durs que je ne peux vivre que ‘là’ si je veux éviter l’affrontement qui me détruirait. Il y a une ‘paix impossible’, non seulement au Liban, en Amérique du Sud, en Ouganda, amis beaucoup plus près, avec tel frère. Thérèse de l’Enfant-Jésus a vécu elle aussi, très prosaïquement, cette radicale impuissance dont Dieu pourrait bien se servir pour dire à tout le monde, et nous y compris, que l’amour, ça dépend de lui : ‘Ah ! Seigneur, je sais que vous ne commandez rien d’impossible… Vous savez que je ne pourrais jamais aimer mes sœurs (telle sœur) comme vous les aimez, si vous-même, ô Jésus, ne les aimez encore en moi’. Une telle attitude a pour effet certain de nous libérer de la PEUR, peur de l’autre, mais aussi peur du Tout-Autre… cette peur vaincue par le regard du Christ et convertie en JOIE par la prière d’un brigand.



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