Interview du mois

« Elargis ton cœur ! »
Tu es invité au cœur d’une rencontre, d’une conversation où une sœur interroge une personne de passage à l’abbaye sur sa façon de vivre la foi, de témoigner de l’amour du Christ et de l’Eglise dans sa vie quotidienne.


Aujourd’hui, je rencontre Colombe



Sœur Marie-Benoît : Bonjour Colombe, peux-tu te présenter à nos jeunes internautes ?
Colombe : Bonjour ma sœur, bonjour à vous qui nous lisez. J’ai 24 ans, je travaille depuis peu en région parisienne, j’ai comme mission d’accompagner des projets de recherche dans les technologies du numérique, pour étudier leurs aspects juridiques et éthiques. C’est un travail extrêmement intéressant, dont j’apprécie la dimension de service, à grande ou petite échelle.

Sœur Marie-Benoît : L’amitié a-t-elle une place importante dans ta vie ? Peux-tu dire ce qu’est l’amitié ?
Colombe : Oui, j’ai une chance incroyable d’être entourée d’amis que je connais depuis longtemps, et dont je suis très proche. Pour moi, l’amitié ne remplace pas les liens fraternels, mais les complète d’une façon merveilleuse : l’ami a ce rôle de conseil et d’écoute, avec ce statut particulier que n’ont pas les parents ou les frères et sœurs. L’amitié, c’est le lieu de l’imitation au Christ : prendre soin des personnes qui nous sont chères, amour inconditionnel malgré les différences et les épreuves. C’est aussi avoir la sagesse d’alerter, de soulager, d’accompagner, de se réjouir, de partager.

Sœur Marie-Benoît : Y a-t-il un épisode dans l’Évangile que tu aimes ? Peux-tu nous en dire quelques mots ?
Colombe : Récemment, et dans le contexte du confinement où nous sommes plus attentifs à la Parole de Dieu, un épisode de la Passion m’a particulièrement touchée : celui du reniement de Pierre. Sans doute un épisode parmi les plus incompréhensibles pour nous, qui montre toute la miséricorde divine, car notre amour humain est si limité comparé à celui de Dieu : peu importe le nombre de fois où nous échouons à le suivre, à croire et nous abandonner totalement à lui et se laisser mener par lui, chaque fois, sans exception, depuis la création et jusqu’à l’éternité auquel il nous appelle, Dieu est toujours présent, les bras ouverts pour accueillir son enfant. Qui peut se vanter d’être aussi aimant que Dieu notre père ? Et pourtant c’est bien l’objectif qui est le nôtre !

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce que tu vois de beau à l’œuvre dans l’Église ?
Colombe
: L’Eglise traverse actuellement de si dures épreuves…qu’il ne nous est pas facile de témoigner de la joie d’être chrétien. Cependant, cette période d’épreuves est une période de fruits également : je vois des jeunes qui s’engagent, qui vont vers les autres, qui ont ce désir de Dieu ; des prêtres qui adoptent des nouvelles façons d’atteindre les jeunes qui ne connaissent pas Dieu. Je vois le Saint Père qui prend sur lui toutes nos épreuves et nous livre un témoignage de foi et d’espérance qui doit nous guider vers le Seigneur. Je pense notamment à cette prière d’indulgence plénière durant l’épidémie, qui m’a profondément bouleversée.

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce que tu vois de beau à l’œuvre dans le monde ?
Colombe : Malgré une grande absence de Dieu, je trouve qu’il est important (et vital !) de se réjouir des simples et belles choses. Certaines personnes peuvent réellement être des témoins pour nous, et être porteurs d’enseignements, à nous chrétiens. La bienveillance envers les autres, la charité, l’engagement, la fidélité, l’amour du prochain : toutes ces personnes recherchent Dieu et l’ignorent dans le même temps.

Sœur Marie-Benoît
: Qu’est-ce qui te paraît important de dire à des jeunes en recherche de sens ?
Colombe : Tristement, nous sommes amenés à croiser beaucoup de personnes en manque d’amour, de repères, de stabilité, d’estime d’eux-mêmes. A cela peut s’ajouter des souffrances, ou des mal-être. Mais nous ne sommes pas condamnés à vivre ainsi : notre espérance, c’est le Christ, qui est la Vérité. Chacun a une mission qui lui a été confiée par Dieu, qui est la seule personne à nous connaitre parfaitement, car Il nous a créés. S’Il me l’a confiée, c’est que j’en suis capable. Comme l’affirmait Benoît XVI : « Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun est voulu, chacun est aimé, chacun a sa place ». Cela devrait suffire pour nous donner l’espérance ! Quant à la souffrance, à la peur du jugement de nos fautes, rappelons-nous que, là « où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Epître aux Romains 5,20).

Sœur Marie-Benoît : Quelle est ta recette du bonheur
Colombe : Si quelqu’un l’a, ça m’intéresse ! Pour l’instant, je me contente de ce en quoi je crois : l’amour du prochain et la miséricorde, qui nous vient de Notre Père et que nous nous devons d’appliquer sur terre, pour que Son règne vienne. Aimer son prochain c’est-à-dire le voir et le considérer tel que Dieu le voit. Être miséricordieux c’est-à-dire pardonner ceux qui nous blessent, comme Jésus pardonne ceux qui le meurtrissent. « Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie. Tout passe, Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui a Dieu ne manque de rien, Dieu seul suffit » (Ste Thérèse d’Avila).

Sœur Marie-Benoît : Quelle parole de sagesse ou autre, souhaites-tu partager à nos internautes ?
Colombe : Une phrase résonne souvent dans ma tête, comme une notification qui reviendrait régulièrement, pour aucune raison particulière, mais qui me ramène à de belles considérations : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1er Epître aux Corinthiens 4,7). Que peut-on donner, sinon donner ce qu’on a déjà reçu ? Tout ce que nous donnons, Dieu nous l’a donné auparavant. Ainsi, nous n’opérons qu’un transfert, comme un intermédiaire qui remplirait une « mission divine » sur terre : rendre un témoignage et transmettre l’amour du Christ à ceux qui le laisseront agir dans leurs cœurs. Cette parole est très intéressante car elle suggère que rien n’est à nous, ni nos talents ou nos qualités, tout vient de Dieu et va à Dieu.



(C) 2008 - Tous droits réservés

Imprimer cette page