Interview du mois

« Elargis ton cœur ! »
Tu es invité au cœur d’une rencontre, d’une conversation où une sœur interroge une personne de passage à l’abbaye sur sa façon de vivre la foi, de témoigner de l’amour du Christ et de l’Eglise dans sa vie quotidienne.


Aujourd’hui, je rencontre Chantal




Sœur Marie-Benoît : Bonjour Chantal, peux-tu te présenter à nos jeunes internautes ?

Chantal : Comment me présenter aujourd’hui sans évoquer un peu le chemin d’une vie longue aujourd’hui de 62 ans.

Née à Bordeaux, d’un père militaire et d’une mère infirmière, j’ai beaucoup voyagé et de mes parents j’ai appris le sens du service public. C’est donc dans cette continuité que j’ai poursuivi une carrière de fonctionnaire avec des responsabilités qui m’ont amenées à m’éloigner (physiquement) de mes proches associé à une spirale de course poursuite après le temps, j’en garde un fort sentiment d’être passé un peu à côté….

Aussi en 2012, j’ai démissionné de mes fonctions pour reprendre une société d’audit, de conseil et surtout d’évaluation des Etablissements Sociaux et Médico-sociaux (Maisons de Retraites médicalisées, établissements pour personnes handicapées, Services à domicile etc.)

Avec l’ensemble de l’équipe nous avons sillonné la France sur de nombreuses missions, nous n’avons pas compté notre temps, mais nous avions la conviction d’être là où nous pouvions être utiles.

Aujourd’hui, je me pose un peu pour accompagner et transmettre à une nouvelle génération.

Sœur Marie-Benoît : L’amitié a-t-elle une place importante dans ta vie ? Peux-tu dire ce qu’est l’amitié ?

Chantal : Pour moi, l’amitié c’est, notre capacité à s’ouvrir au partage à la compréhension mutuelle, c’est le socle de notre universelle humanité. Comme le dit Mgr Vesco, que serait une vie sans le regard bienveillant d’un ami ? Sans cette dimension inconditionnelle de l’ouverture et du don ?

L’amitié fait partie de ma vie, même ou peut être aussi à cause de ma nature plutôt du genre « solitaire », les liens d’amitiés tissés ont quelque chose de sacré.

Sœur Marie-Benoît : Tu as plusieurs fois fait le chemin de saint Jacques. Tu es une passionnée de la marche. Que t’a apporté l’expérience du pèlerinage ?

Chantal : La première fois que j’ai pris le chemin de Saint Jacques, je n’avais qu’un souhait, m’alléger. Je n’imaginais pas jusqu’à quel point le chemin peut nous prendre. A chaque pas, à chaque rencontre, et les rencontres sont nombreuses et merveilleuses. Elles remplacent au fur et à mesure tout ce que l’on a bien pu mettre dans le sac à dos. J’ai donc fait le vide de mon sac pour me remplir le cœur.

Ce que je vous dis là, c’est un raccourci d’une aventure commencée avec le chemin il y a plus de 10 ans. Il m’a fallu du temps, et ce n’est pas terminé.

L’expérience du pèlerinage m’a permis de me mettre en marche physiquement pour ressentir dans tout mon corps le sens du merveilleux et du sacré dans tout ce qui nous entoure.

Au terme de deux ou trois jours de marche, tous nos sens sont affinés, les odeurs, les sons, les lumières, deviennent présence avec une densité particulière, C’est un sentiment d’harmonie qui nous pénètre tout doucement. Juste pour être libéré (temporairement) de cette petite dose « d’égo » qui nous fait oublier la simplicité dans notre quotidien.

Sœur Marie-Benoît : Tu rayonnes toujours de joie. D’où vient ta joie ?

Chantal : Je ne sais pas réellement si je rayonne de joie en permanence, mais ce qu’il y a de certain…. Mais, peut être qu’avant de répondre à l’origine de ma joie, faut- il que je vous raconte :

Il y a maintenant presque 20 ans, prise dans une succession de décès de parents et d’amis, j’ai cherché un lieu pour « colmater » ma peine qui s’échappait dans un torrent de larmes. C’est ainsi que je suis arrivée à l’Abbaye à Auros accueillie un 28 décembre par sœur Lucienne en plein milieu de la cour (à l’époque elle n’était pas goudronnée). Et là j’ai été enveloppée par toutes les sœurs qui m’ont écoutée, qui m’ont laissé pleurer, et qui m’ont fait rire. De ma vie je n’avais jamais connu d’endroit pareil, où l’on pouvait rire, pleurer, parler… tout était accueil inconditionnel. Il y avait sœur Lucienne avec ses complices les sœurs Damienne et Godelieve, il y avait aussi Marie-Christine (=sœur Marie-Benoît) qui n’était pas encore dans le cloître, j’en oublie, mais ce que je n’oublierai jamais, c’est ce sentiment profond d’être au bon endroit.

Donc, je suis revenue souvent, puis j’ai trouvé une maison proche, puis j’ai appris à prier, puis j’ai marché, puis j’ai prié en marchant.

Aujourd’hui, je me laisse conduire sur ce chemin…..

Donc tu me demandais d’où vient cette joie ?

Sœur Marie-Benoît : Y a-t-il un épisode dans l’Évangile que tu aimes ?

Chantal : Oui, l’épisode qui me touche le plus dans l’évangile c’est dans Jean 20 où Marie Madeleine se rend au tombeau. Lorsque Jésus lui dit « ne me retiens pas » ou plus exactement « cesse de me toucher », ces mots me touchent très profondément, combien de fois ai-je souhaité retenir, ne pas laisser partir un être cher…. .

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce que tu vois de beau à l’œuvre dans l’Église?

Chantal : Dans l’œuvre de l’église, pour moi, c’est Dieu qui œuvre toujours et chaque jour. C’est un chantier qui reste encore ouvert pour que chacun de nous et surtout tous ensemble nous puissions nous libérer.

J’ai la chance de pouvoir participer aux temps de Lectio Divina et c’est pour moi un temps très privilégié pour apprendre à comprendre comment mettre en œuvre dans mon quotidien la parole du Christ.

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce que tu vois de beau à l’œuvre dans le monde ?

Chantal : Ce qui m’émerveille dans l’œuvre du monde c’est cet équilibre de la création entre les hommes et l’environnement, entre la terre et l’univers. Malheureusement, nous avons encore beaucoup de mal à le comprendre que cet équilibre est précaire. Par ignorance, par ambition, par manque d’humilité, nous avons mis à mal ce précieux équilibre. Notre terre est menacée, et si nous poursuivons ainsi, nous sommes en tant qu’humains également menacés. Il s’agit de notre survie…..

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce qui te paraît important de dire à des jeunes en recherche de sens ?

Chantal : Je pense que les jeunes sont beaucoup mieux armés que nous au même âge. Mais si je pouvais leur éviter de reproduire mes erreurs, je pense que je leur dirai, lisez et relisez la bible, l’ancien et le nouveau testament. Partagez avec d’autres votre vision, c’est dans l’échange (pas virtuel), le partage et parfois aussi la confrontation d’idées que chacun peut se connaitre, se reconnaitre, se construire et construire le monde de demain.

J’ai confiance dans cette nouvelle génération.

Sœur Marie-Benoît : Quelle est ta recette du bonheur?

Chantal : Je pense comme Christian Bobin que l’ultime recette du bonheur c’est « accepter de n’être rien et de n’avoir rien », c’est un peu ce que l’on expérimente sur le chemin de Saint Jacques.

Sœur Marie-Benoît : Quelle parole de sagesse ou autre, souhaites-tu partager à nos internautes ?

Chantal :

Le Bonheur ouvre les cœurs, Le Malheur ouvre les yeux,

Ne cherche pas tu as besoin des deux.



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