Lectio divina

Nous vous proposons quelques pistes pour vivre un temps de lectio divina, elle se subdivise en quatre parties :

I - Présentation
II - Méthode
III - Exemple
IV - Propositions de formation

I - Présentation :
La lectio divina ou lecture divine est une lecture méditée de la bible à travers laquelle le lecteur cherche à être en relation avec le Christ. L’intégralité de son être de chair et d’esprit est engagée dans cette démarche. Elle ne vise pas un objectif précis, sinon la mise en disponibilité de soi pour une parole, la Parole créatrice, qui vient à sa rencontre.
Cette démarche suppose un état d’esprit, celui de l’amoureux devant une lettre de sa bien-aimée. Il lit, relit, re-relit et laisse raisonner dans son cœur, les mots, les phrases sur lesquels se juxtapose une multitude de sens et d’images, et ouvre au désir… Aimer suppose renoncer. Renoncer à soi, renoncer à contempler sa propre image en l’autre, renoncer à une emprise totalitariste sur l’autre. Aimer suppose être attentif au mystère qu’est l’autre et s’appliquer à l’épanouissement de ce mystère.
Lire la bible suppose une ascèse analogue. Animé d’un profond désir, le lecteur renonce à ses prétentions sur le texte et sur le Dieu qui s’y révèle. Il applique ses sens, son imagination, sa mémoire, son intelligence et son âme à un mystère qui se donne à lui et veut le rejoindre à l’intime, l’aimer, le régénérer, le vivifier.
Ce que fait dire sainte Gertrude – moniale bénédictine du XIV° siècle – à Jésus, s’applique particulièrement bien à la lectio divina : « Celui qu’une piété soucieuse de progrès spirituel incitera à lire ce livre, je l’attirerai tout près de moi de sorte que pour ainsi dire, mes mains tiendront le livre où il lit et moi-même, je lirai avec lui, et comme il arrive lorsque deux personnes lisent ensemble la même page, chacune est atteinte par l’haleine de l’autre, ainsi l’haleine de ses désirs me pénètrera jusqu’à émouvoir en sa faveur les entrailles de ma tendresse, et je soufflerai sur lui l’haleine de ma divinité pour que mon esprit opère en lui sa rénovation. »
Cette démarche n’est pas réservée aux moines et aux moniales, même s’ils en sont les gardiens. Elle est le fait de tout croyant désireux de nourrir sa foi, de hâter avec le Christ l’avènement de la terre nouvelle et des cieux nouveaux. Le Christ-Parole, le logos, est au cœur de toute vie sacramentelle, au cœur de tout élan apostolique, au cœur de toute action vraiment humaine. Nous rendre attentif à Lui, lui laisser de la place dans nos cœurs, rejaillit sur nos proches, sur l’Eglise et sur le monde.

II - Méthode :
La lectio nécessite un espace de solitude et de temps propices au recueillement, une bible, une table, une chaise, un cahier, de quoi écrire. Le texte lu peut être une des lectures du jour ou du dimanche, le mieux étant de lire en suivant un livre biblique, passage après passage, jour après jour, en ayant pris soin d’avoir lu une introduction à ce livre.
Elle débute par une mise en présence du Seigneur, avec un signe de croix, une invocation de l’Esprit Saint une respiration profonde, une brève invocation, et se traduit par une assise ferme et souple. Il est important de se rappeler que la lectio ne concerne pas seulement l’intellect mais l’intégralité de l’être. Elle est une rencontre amicale, vivante, dynamique.
Les anciens moines, notamment Guigues le Chartreux, distinguaient quatre étapes : la lecture, la méditation, l’oraison, la contemplation : lectio, meditatio, oratio, contemplatio.


A – La lecture : que dit le texte ?
Dans un premier temps, la lecture consiste à lire et relire le texte, si possible à voix haute, à l’imaginer, le représenter, à laisser vivre et vibrer en soi tout ce qu’il évoque et provoque, à accueillir simplement ce qu’il se passe en soi sous le regard du Seigneur. A ce stade il est bon de noter une réaction personnelle à la première personne : « ce mot, ce verset me rejoint parce que… », « il me rappelle telle situation », « il provoque en moi de la joie, de la colère parce que… », « je suis mal à l’aise parce que… », « je ne comprends tel mot, tel verset » etc.
Dans un deuxième temps cette approche subjective laisse place à une lecture objective, à la recherche du sens contenu dans l’ensemble des versets retenus : « Ce texte est écrit depuis des centaines d’années en hébreu ou en grec, l’auteur et à travers lui l’Esprit-Saint veut-il réellement dire ce que je comprends ? Vers quel surcroît de sens veut-il me conduire ? » Commence alors un patient labour. Selon l’exégète jésuite Roland Meynet : « Aborder un texte en s'attendant à y trouver ce que l'on sait déjà - ce que l'on imagine savoir - n'est pas de bonne méthode. Une analyse formelle, exigeante de technicité et de rigueur, est la garantie d'une plus grande objectivité. C'est la condition sine qua non du respect de l'autre qui me parle à travers le texte. »
. Recopier le texte de manière claire et aérée permet déjà une plus grande attention à ce qui est réellement écrit, et aussi une nouvelle appropriation.
A partir de là, en s’aidant éventuellement de crayons de couleur, le lecteur joue au détective : que peut-on dire du genre littéraire, du style de ce texte, du temps des verbes, du vocabulaire (répétitions, images employées, termes à définir, thèmes) ? Que peut-on dire des données de temps et de lieu ? Des personnages ? En quoi cette recherche éclaire-t-elle le sens du texte ?
Il est parfois possible d’en dégager la structure qui va mettre en lumière sa cohésion globale et en approfondir le sens.
Le texte n’a de sens que dans un contexte : en quoi les passages qui le précèdent et le suivent l’éclairent-il ? Quelle est sa place dans le livre dont il est extrait ? Peut-on le mettre en relation avec d’autres textes de la bible mais aussi de la tradition chrétienne ou de la culture ? Là encore, le sens, l’Orient qui oriente, reste le fil conducteur.

B – La méditation : que me dit personnellement le Seigneur ?
La recherche de ce que dit le texte aboutit à la découverte de ce que me dit personnellement le Seigneur. C’est le moment de reprendre ma réaction initiale, de la réévaluer, de chercher en quoi elle a été confirmée, approfondie, transformée, renversée, et alors de discerner à quel dépassement je suis invité pour progresser à la suite du Christ. A cette étape il est parfois nécessaire de se référer à un accompagnateur spirituel. En effet miroir il aidera à un discernement juste.

C – L’oraison : que vais-je dire au Seigneur ?
Le Seigneur qui me parle attend une réponse. La tradition chrétienne distingue quatre types de prière : la demande de pardon, la demande de grâces (dans laquelle est incluse l’intercession), l’Action de grâce (dans laquelle est incluse la louange) c'est-à-dire le remerciement et l’adoration silencieuse : pardon, s’il-te-plaît, merci, je t’aime. Nul aspect de la prière ne peut-être mis de côté.

D – La contemplation : qu’est-ce qui a changé ?
La contemplation n’est pas non plus réservée aux « contemplatifs ». Elle est simplement le fait de vivre conscient de la présence du Christ « avec nous jusqu’à la fin du monde ». Cette conscience induit un regard intérieur sur soi-même et sur le monde, un regard qui voit au-delà des apparences, un regard qui discerne les actes porteurs de vie à poser : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » écrit le petit prince.

III – Un exemple :
le Psaumes 131 (traduction de la Bible de Jérusalem)

[1] Cantique des montées. De David.

Seigneur, je n'ai pas le cœur fier,
ni le regard hautain.
Je n'ai pas pris un chemin de grandeurs
ni de prodiges qui me dépassent.

[2] Non, je tiens mon âme
en paix et silence ;
comme un petit enfant
contre sa mère,
comme un petit enfant,
telle est mon âme en moi.
[3] Mets ton espoir, Israël, dans le Seigneur,
dès maintenant et à jamais !

A – Lecture :
L’humilité avec laquelle se décrit le psalmiste peut étonner : qui peut se dire humble ? Ou alors qu’est-ce qui veut nous être dit ?
Ce bref psaume de confiance attribué à David est écrit dans un style simple et intimiste. La finale, tonique, a une dimension collective. Le priant s’adresse au Seigneur principalement au présent, un présent qui rejoint le présent du lecteur. Il emploie de nombreuses images empruntées à la vie courante. Le « cœur » est le siège de l’intelligence profonde, de la conscience, de la mémoire, de la volonté. Le « regard », fenêtre de l’âme, désigne le désir, la lucidité, le discernement : voir c’est savoir. Le « chemin » évoque la succession des actes de la vie : la prière n’est pas évasion de l’ordinaire, elle en est l’émanation. La relation « mère » et « petit enfant » évoque la tendresse, la confiance, la protection, le sentiment d’être nourri, d’être aimé et accueilli tel que l’on est avec ses défauts et ses qualités. Cette image justifie l’affirmation du premier verset : « je n’ai pas le cœur fier… ». Le priant est humble dans le sens où il se remet tel qu’il est à l’amour maternel de Dieu. Telle est la voie de l’enfance spirituelle ouverte par sainte Thérèse de Lisieux. Dans la bible, l’amour maternel de Dieu porte le nom de « miséricorde » ou de « matrice » selon la traduction du mot « rahamin » d’André Chouraqui, c’est un amour qui donne vie.
L’incise « contre sa mère » est située au centre du verset 2. Elle est encadrée par les groupes de mots : « comme un petit enfant » et « mon âme ». Les versets 1 et 3, contenant chacun le mot « Seigneur » forme un parallélisme synthétique (c'est-à-dire que le second élargit le sens du premier). L’humilité envers le Seigneur dans l’instant présent se transforme en encouragement adressé à autrui à se tourner vers ce même Seigneur en tout temps. Le priant, même seul dans la chambre de son cœur, est relié à ses frères en humanité. Dans l’invisible il les encourage à fonder en Dieu leur espérance.
Ce petit psaume construit en structure concentrique autour de l’incise « contre sa mère » nous invite à puiser la force de notre amour dans l’amour maternel de Dieu, pour le transmettre à nos frères en humanité.
Ainsi l’appel déchirant de Jésus lancé à Jérusalem, peu avant sa passion, s’inscrit dans ce symbolisme : « Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses petits sous ses ailes… et vous n’avez pas voulu » (Mt 23, 37)
Il sait bien que sans ce fondement, nulle entente fraternelle, nulle paix n’est possible entre les hommes.
Saint Paul aura su se nourrir de cet amour et le diffuser autour de lui : « Comme une mère nourrit ses enfants et les entoure de soins, telle était notre tendresse pour vous que nous aurions voulu vous livrer, en même temps que l'Evangile de Dieu, notre propre vie, tant vous nous étiez devenus chers. » (1 Th 2, 7b-8)

B - Méditation
Dieu n’attend pas que je sois parfait pour m’aimer, il attend que je m’ouvre à la vie, à sa vie qui est source vivifiante de tout amour maternel humain forcément inachevé, forcément défectueux car blessé par le péché.
Plus je m’ouvre à la force de son amour dans une attitude d’humilité, plus je reçois sa vie qui d’une manière ou d’une autre, rejaillit en bénédictions sur autrui, proche ou lointain.

C – Oraison :
Seigneur… Tu sais qu’il m’arrive d’être fier… d’avoir le regard hautain…
Tu sais aussi que mon cœur au fond de moi n’a d’autre ambition que de vivre de ta vie, que d’être une petite lumière d’espérance dans notre monde désorienté.
Seigneur viens allumer l’espérance au cœur des hommes de notre temps.


IV - Propositions de formation, les week-end de 14 h 30 le samedi jusqu’à 17 h le dimanche

3-4 septembre 2016
26-27 novembre 2016
28-29 janvier 2017
18-19 mars 2017
20-21 mai 2017
1-2 juillet 2017
9-10 sept 2017
18-19 novembre 2017

Pour toutes demandes d’information, contacter Mère Marie Christine :
m.c.rivet@wanadoo.fr




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