Textes à méditer

Saint Bernard de Clairvaux
Marie, soleil maternel de la vie


Marie, n'est-elle pas la femme de l'Apocalypse qu'enveloppe le soleil ? Je veux bien que la suite de cette vision prophétique prouve qu'il s'agit là de l'Église actuelle ; mais on peut sans inconvénient l'appliquer à Marie. Elle est éminemment celle qui s'est revêtue d'un autre soleil. De même que l'astre de notre monde créé se lève également sur les bons et les méchants, Marie, sans peser nos mérites antérieurs, se montre à tous pareillement accessible, clémente, infiniment tendre et prête à prendre en pitié toutes les misères humaines. Tout ce qui est imparfait est au-dessous d'elle ; elle surpasse de très loin tout ce qui est entaché de faiblesse ou de corruption, et sa supériorité infinie domine à une très grande distance toutes les autres créatures; on peut donc dire d'elle aussi qu’elle a la lune sous ses pieds. Sinon, ce ne serait pas un très grand éloge à faire à celle qui surpasse incontestablement les chœurs des Anges, des Chérubins et des Séraphins. La lune est communément prise pour symbole de la corruption ou de la sottise, mais souvent elle désigne aussi l'Église du temps présent ; la première comparaison s'attache au caractère changeant de la lune, la seconde au fait qu'elle reçoit d'ailleurs sa lumière. Or, si j'ose m'exprimer ainsi, la lune en ses deux acceptions est sous les pieds de Marie, mais de façon différente dans les deux cas. L'insensé, dit l'Écriture, change comme la lune, tandis que le sage demeure comme le soleil. La chaleur et la splendeur du soleil sont constantes ; la lune ne donne aucune chaleur, et son éclat, toujours changeant, ne reste jamais pareil à lui-même. C'est donc à juste titre que l’on nous montre Marie revêtue de soleil, elle qui a pénétré les abîmes de la Sagesse divine à des profondeurs presque incroyables et qui, dans toute la mesure où la chose est possible à une créature en dehors de 1'union personnelle avec Dieu, paraît immergée au sein de la lumière inaccessible. Le feu divin a purifié les lèvres du Prophète, il embrase les Séraphins, mais il agit sur Marie d'une façon bien plus extraordinaire. Car elle a mérité de n'en être pas seulement effleurée, mais bien enveloppée de toutes parts, baignée tout entière et comme enfermée dans ses flammes. Le vêtement de cette femme n'est pas seulement d'une éclatante blancheur, il en émane aussi une chaleur extraordinaire ; les rayons du soleil divin l'ont si bien pénétrée qu'il ne demeure en elle rien qui soit, je ne dis pas dans la nuit, mais même dans la pénombre ou dans une lumière tant soit peu atténuée, et rien non plus qui soit tiède, tout au contraire étant brûlant.

Sermon pour l’octave de l’Assomption




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