Textes à méditer

Saint Bernard de Clairvaux
La demeure de Dieu, c’est nous !


La fête de ce jour doit nous trouver d’autant plus fervents qu’elle nous touche de plus près. En effet, si nous partageons avec toutes les autres églises les fêtes des saints, celle-ci nous est tellement propre, que, si elle n’est point célébrée par nous, elle ne l’est par personne. C’est donc notre fête, parce que c’est la fête de notre Église, mais elle l’est encore bien davantage, parce que c’est la fête de nos propres personnes. Vous êtes surpris, et vous rougissez peut-être quand vous m’entendez dire que cette fête est la fête de vos personnes, mais quelle sainteté peuvent avoir ces pierres pour que nous fassions une fête pour elles ? Si elles sont saintes, ce n’est qu’à cause de vos corps. Or, y a-t-il quelqu’un qui doute que vos corps soient saints, quand ils sont les temples de l’Esprit-Saint, en sorte que chacun de vous doit savoir posséder le vase de son corps dans la sainteté (1Th 4, 4) ? Ainsi vos âmes sont saintes parce que l’Esprit de Dieu habite en vous ; vos corps sont saints parce qu’ils sont la demeure de vos âmes, et cet édifice est saint à cause de vos corps qui le fréquentent. Dieu est admirable dans ses saints, non-seulement dans les saints qui sont au ciel, mais encore dans ceux qui sont sur la terre. Puisqu’il a des saints dans l’un et dans l’autre endroit, il est admirable dans les uns, en les rendant bienheureux, et dans les autres, en les rendant saints.
Il faut donc que s’accomplisse spirituellement dans nos âmes ce qui a commencé par se faire sous nos yeux sur les murs ; si vous me demandez de quoi je veux parler, c’est de l’aspersion, de l’inscription, de l’onction, de l’illumination et de la bénédiction, car voilà ce que les pontifes ont fait dans cette demeure visible, et c’est là ce que Jésus-Christ, le Pontife des biens futurs, opère tous les jours invisiblement en nous.
Et d’abord, il nous asperge avec de l’hysope pour nous purifier, nous laver et nous blanchir, afin qu’on puisse dire de notre âme : « Quelle est-elle, celle qui monte ainsi dans sa blancheur (Ct 8, 5) ? » Il nous lave, dis-je, dans la confession, il nous lave dans la pluie de nos larmes, il nous lave dans la sueur de la pénitence, mais il nous lave surtout dans une eau bien précieuse, dans l’eau qui s’écoule d’une source de bonté, je veux dire, de son cœur.
Ce n’est pas tout, le Seigneur a tracé en nous une inscription avec le doigt dont il chassait les démons, évidemment dans le Saint-Esprit. Il trace, dis-je, en nous, sa loi, non plus sur des tables de pierre, mais sur les tables de chair de notre cœur ; voilà comment il accomplit la promesse qu’il avait faite de nous ôter notre cœur de pierre pour nous en donner un de chair (Ez 11, 19). « Seigneur, heureux l’homme que vous avez vous-même instruit de la loi (Ps 93, 12). » Oui, heureux, dirai-je, ceux qui en sont instruits et qui « se souviennent de ses préceptes, » mais « pour les accomplir (Ps 102, 18) ».
Il faut donc que l’onction spirituelle de la grâce vienne aider notre faiblesse et adoucir, par sa pieuse vertu, la croix de nos observances et de toutes nos pénitences ; car on ne saurait sans la croix suivre le Christ, non plus que supporter les aspérités de la croix sans l’onction de la grâce. Après l’onction de la grâce, le Christ ne va point placer son flambeau sous le boisseau, mais sur le chandelier, attendu qu’il est temps alors que notre lumière apparaisse aux yeux des hommes, qu’ils voient nos bonnes œuvres et glorifient notre Père qui est dans les cieux (Mt 5, 16).
Il ne nous manque plus que la bénédiction que nous attendons pour la fin, alors que, ouvrant sa main, il remplira tout être vivant de sa bénédiction. Les quatre premières cérémonies sont les mérites. La récompense est la bénédiction. Le comble de la grâce de la sanctification se trouve, en effet, dans la bénédiction, alors que nous passerons dans une maison qui n’est point faite de main d’homme, mais qui est éternelle et dans les cieux, une maison construite avec des pierres vivantes, je veux dire avec les anges et les hommes, car la construction et la dédicace s’en feront en même temps. C’est ainsi que l’union parfaite des esprits célestes, rapprochés les uns des autres sans aucun intervalle qui les sépare, forme, pour Dieu, une demeure entière et convenable : que le séjour de la glorieuse majesté de Dieu remplit d’un bonheur ineffable.




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