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Saint Rafael Arnaiz Baron (1911-1938),
moine cistercien

Bonne et heureuse année !

Premier jour de janvier 1937. Aujourd’hui est pareil qu’hier et sera pareil à demain. Pour l’homme le temps passe ; pour Dieu il n’y a pas de temps ; Dieu seul demeure.
Un an ! Un an de plus qui, comme nous l’a dit le prédicateur, s’enfonce dans l’abîme de l’éternité. Un an, et nous n’avons rien fait ; nous sommes plus près de Dieu, voilà la seule consolation que nous obtenons en considérant que le temps passe, ou que nous passons avec le temps, je ne sais pas… Je n’ai pas envie de discourir et penser sur ce qui a déjà été bien dit.
Est-ce que, par hasard, nous savons qu’est-ce que le temps ? Alors… ? Un an est pour les uns toute une vie, pour d’autres à peine un éclair ; on ne peut le mesurer. Qu’importe ! Ça ne vaut pas la peine ; pour moi ce n’est qu’un chiffre.
Nous continuerons à vivre, nos tissus se feront vieux, nos cheveux perdront leur couleur et tomberont, tout l’organisme ira en s’usant, et ce qui aujourd’hui est jeune, demain ce sera vieux et décrépit, c’est ça le temps. Ce que tu es maintenant, tu ne le seras plus demain, et tu es maintenant ce que tu n’étais pas hier, tout change et c’est cela qui fait le temps ; rien n’est stable ; qu’importe un an, un siècle, un million de siècles… Ça ne vaut pas la peine de s’occuper du temps.
Il n’y a qu’une seule vérité, Dieu, car seul Dieu demeure, seul Dieu est immuable, le reste est comme l’année qui vient de s’écouler. Mensonge et vanité qui meurent avec le temps, temps qui s’enfonce dans les abîmes de l’éternité.
Bonne et heureuse année ! C’est bon si, à partir de maintenant nous devenons meilleurs, et si nous marchons plus vite, et si, en moins de temps, nous devenons plus parfaits dans l’amour de Dieu. Mais ce n’est pas l’année qui doit être meilleure, c’est nous qui devons nous améliorer, c’est nous qui existons, et non l’année qui commence ; ça n’est qu’un chiffre dans notre tête ! … Bon, bon, on dirait que je fais de la « philosophie bon marché »… Que Dieu et la Sainte Mère me viennent en aide !
Sois le bienvenu, An 1937, quel que tu sois, car Dieu t’envoie… ! Que m’apportes-tu ? Ça m’est égal, car, ce que tu m’apportes, c’est aussi le Seigneur qui l’envoie. Qu’Il m’aide à mieux le servir au long des jours et des mois. Que lui et Marie me protègent comme ils l’ont fait au cours des années précédentes. Quand tu t’achèveras, Nouvelle Année, que je puisse dire en vérité que l’année 1937 m’a été utile pour m’approcher de Dieu en Sainteté, en Perfection et en Amour vrai…, et non pas comme aujourd’hui, où je suis plus près de Dieu seulement quant au temps qui me manque pour parcourir le chemin de ma vie mortelle. Tout le reste, s’il ne me sert pas à ça, je n’en veux pas, car c’est réellement du temps perdu et, à bien y regarder, dans mon âme et conscience, j’en ai déjà assez perdu.
Alors, An 1937, sois le bienvenu, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit !