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Thomas MERTON
Tout être est un peu de moi-même


C’est seulement lorsque nous nous situons dans notre vrai cadre humain, membres d’une race destinée à ne former qu’un seul ‘corps’, que nous commençons à comprendre l’importance positive non seulement des succès, mais des échecs et des accidents de nos vies. Mes succès ne m’appartiennent pas. Ils ont été préparés par d’autres que moi. Le fruit de mes travaux n’est pas mien : je prépare la voie aux réussites d’un autre. Quant à mes échecs, ils peuvent provenir de ceux du prochain, mais ils sont également compensés par ses réalisations.
Aussi ne dois-je pas chercher le sens de ma vie seulement dans la somme de mes œuvres, mais dans mes succès et mes échecs tels qu’ils apparaissent au milieu de ceux de ma génération, de mon milieu et de mon époque, et surtout tels qu’ils sont dans le mystère du Christ. C’est ce que comprit le poète John Donne en entendant, au cours d’une grave maladie, le glas sonner. ‘L’Église est catholique, universelle, dit-il, ainsi que toutes ses actions, qui appartiennent à tous… Qui ne prête l’oreille à la cloche qui tinte ? Mais qui peut ôter de cette cloche qui passe un peu lui-même ?’
Tout homme est un peu de moi-même, car je fais partie de l’humanité. Tout chrétien fait partie de mon corps, car nous sommes membres du Christ. Ce que je fais est aussi pour eux, avec eux et par eux. Ce qu’ils font est en moi, par moi et pour moi. Mais chacun demeure responsable du rôle qu’il joue dans la vie de l’ensemble. La charité ne peut être ce qu’elle doit si je ne vois pas que ma vie représente ma participation à la vie de tout l’organisme surnaturel auquel j’appartiens.
C’est seulement lorsque cette vérité est au centre de tout que les autres doctrines encadrent harmonieusement ; la solitude, l’humilité, le renoncement, l’action et la contemplation, les sacrements, la vie monastique, la famille, la guerre et la paix – n’ont de sens que par rapport à la réalité centrale qu’est l’amour de Dieu vivant et agissant dans ceux qu’Il a incorporés à Son Christ. Tout est cohérent si nous n’admettons, avec John Donne, que ‘Nul n’est une île, en soi suffisante / Tout homme est une parcelle de continent, une partie du tout’.

In, Nul n’est une île.