Homélie
Saint Luc, évangéliste


Nous célébrons aujourd’hui la fête de Saint Luc. Comme pour beaucoup de fêtes de saints apôtres ou évangélistes, la liturgie nous invite à méditer sur l’identité du disciple et les exigences qui lui sont liées. A ce titre, le récit de l’évangile du jour est particulièrement évocateur puisqu’il nous relate l’envoi en mission des soixante-douze disciples choisis par Jésus.
Le nombre « soixante-douze » n’est pas sans nous rappeler les soixante-douze nations de Genèse 11 appelées à peupler l’ensemble de la terre. A travers lui, nous lisons à la fois l’universalité du salut et l’universalité de l’appel de Dieu à porter ce salut. Saint Luc, compagnon de route de saint Paul, a contribué lui aussi à ce que ce salut puisse être entendu de beaucoup. Un souffle évangélique l’animait et nous le percevons très bien dans la manière dont il nous relate l’essor de l’Eglise au lendemain de la Pentecôte dans le livre des Actes des Apôtres.
Chez saint Luc, l’annonce du salut passe par l’exaltation de la bonté et de la miséricorde du Seigneur. Jésus semble l’avoir profondément marqué sur ce plan là. En effet, sans son évangile, nous ne connaîtrions pas la parabole du « bon samaritain », ni celle de « la brebis perdue ». Nous ne connaîtrions pas l’existence de Zachée, ni celle du bon larron. Nous aurait aussi échappé le fait que le Seigneur était accompagné et soutenu par un groupe de disciples. Mais surtout, nous n’aurions pas cette page merveilleuse et éclatante de l’évangile, celle de ces deux fils célèbres, le premier qui revient après avoir claqué la porte de chez lui et le second, l’aîné, en colère contre l’attitude d’un père qui nous révèle le véritable visage de Dieu.
Dante Alighieri appelait saint Luc « Scriba mansuetudinis Christi », le scribe de la mansuétude du Christ. Habitué aux capricieuses divinités païennes, Luc a du être foudroyé par la prédication de saint Paul et son cœur a sans doute été immédiatement rempli par ce sourire et ce regard de tendresse du Seigneur qu’il n’avait pas connu de son vivant. C’est ce sourire et cette tendresse de Dieu qu’il nous partage dans son évangile. Et c’est en cela qu’il se révèle véritable disciple du Seigneur. Le disciple transmet ce qu’il a reçu au contact du maître et avec saint Luc nous nous rendons compte qu’il n’y a pas besoin d’avoir vécu avec le Seigneur pour en être son disciple.
« Seigneur Dieu, puissions-nous redécouvrir, à travers le témoignage que saint Luc nous en donne, ton visage de compassion et de miséricorde. Puissions-nous t’accueillir comme ce Dieu qui vient à notre rencontre pour nous prendre sur ses épaules et nous ramener à lui, la source de vie. Nous n’aurons jamais rien de plus beau à faire connaître aux hommes de ce monde. Fais de nous de véritables disciples, porteurs de cette Bonne Nouvelle de ton salut offert à tous. »