Vous êtes ici: Jeunes Interview du mois

« Elargis ton cœur ! »
Tu es invité au cœur d’une rencontre, d’une conversation où une sœur interroge une personne de passage à l’abbaye sur sa façon de vivre la foi, de témoigner de l’amour du Christ et de l’Eglise dans sa vie quotidienne.


Aujourd’hui, je rencontre Brune


Sœur Marie-Benoît : Bonjour Brune, peux-tu te présenter à nos jeunes internautes ?

Brune : Bonjour Sœur Marie-Benoit,
J’ai 27 ans. J’ai choisi de travailler dans les travaux publics en conduite de travaux pour le côté concret, vivant du métier, et particulièrement parce qu’il me permet d’être à l’extérieur. La musique tient une place toute particulière pour moi, comme l’expression d’une harmonie profonde.

Sœur Marie-Benoît : L’amitié a-t-elle une place importante dans ta vie ? Peux-tu dire ce qu’est l’amitié ?

Brune : Oui, mes différentes amitiés m’ont construite. Je crois qu’on ne devient pas qui on est sans un regard aimant extérieur que l’on sent sur soi. L’amitié m’a permis de croire en moi, d’accepter de grandir.
Il y a tellement d’amitiés, certaines plus profondes que d’autres. On est surpris, au détour d’une amitié de circonstance, de rencontrer quelqu’un.

Sœur Marie-Benoît : Y a-t-il un épisode dans l’Évangile que tu aimes ? Peux-tu nous en dire quelques mots ?

Brune : Il y en a beaucoup. Une parole qui est restée longtemps comme une référence pour moi est issue de l’évangile du jeune homme riche : « Jésus posa son regard sur lui et il l’aima ». Ce n’est pas tant l’histoire du jeune homme riche qui me touche, que simplement cette phrase. Le fait de « poser » son regard d’abord. Jésus lui dédie toute son attention. Et ensuite ce « il l’aima » séparé du reste. Jésus ne m’aime pas par automatisme simplement au titre de mon humanité. (hop une petite touche d’amour de Dieu à la naissance, tout le monde a la même, sans intérêt) Jésus aime celui qu’il rencontre. Ces simples mots sont d’une force incroyable. Quelle intensité il y a dans ce regard tout à coup posé ! ce regard qui prend le temps, ou plutôt ce regard qui dépasse le temps, ce regard qui est et plus rien n’existe autour. J’aime à penser que le regard de Jésus englobe toute la personne, que Jésus sans aucunement forcer l’intimité du jeune homme pénètre son cœur, et c’est cette « découverte » qui lui fait l’aimer.

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce que tu vois de beau à l’œuvre dans l’Église?
Brune
: Je suis très touchée par tout un mouvement (en France en tous cas) qui renouvelle le chant liturgique en cherchant à coller à ce que dit l’Eglise. Il y a toute une recherche de compréhension de la liturgie, et de la manière de la vivre, qui ne reste pas d’ailleurs limitée au périmètre de l’Eglise. De plus en plus de groupes voient ce chant comme un vecteur d’évangélisation et n’hésitent pas à aller chanter partout où c’est possible.

Sœur Marie-Benoît : Qu’est-ce que tu vois de beau à l’œuvre dans le monde ?

Brune : (joker) L’idée d’éternité qui se dégage de la nature.
Sœur Marie-Benoît
 : Qu’est-ce qui te paraît important de dire à des jeunes en recherche de sens ? Quelle est ta recette du bonheur?

Brune : Le monde est absurde, la vie est une aberration dès qu’on prend du recul et qu’on regarde les hommes se donner beaucoup de peine pour faire un peu de bien et beaucoup de mal. Dès qu’on sent cette incompatibilité en soi entre l’esprit qui désire l’absolu, et le corps et la raison qui retombent toujours dans les mêmes travers, qui sont si misérablement limités.
La seule porte de sortie à ce non-sens est de s’accrocher à la vie telle qu’elle est. De s’accrocher à toutes ces petites choses qui ont du sens quand on est à leur hauteur. De croire qu’on fait partie de cette vie autour de nous, qu’on ne peut pas s’en détacher. D’apprendre à observer les petites perles de la journée. De croire que tout est lié, que les petites mais belles choses que l’on rencontre, que les petites mais belles choses qui nous sont données de faire, sont liées à toutes les autres petites choses du monde, et vu comme ça notre vie a du sens. Et puisqu’elle a du sens elle est belle.
Je ne saurais pas faire de lien très explicite, mais je sais bien que c’est lié à ma foi.
Sœur Marie-Benoît : Quelle parole de sagesse ou autre, souhaites-tu partager à nos internautes ?

Brune : « Donne moi chaque jour une petite ligne de poésie mon Dieu, et si jamais je suis empêchée de la noter, n’ayant ni papier ni lumière, je la murmurerai le soir à ton vaste ciel. Mais envoie-moi de temps en temps une petite ligne de poésie. » Etty Hillesum