Un Noël dans l’enfance de saint Bernard
Raconté par son ami, Guillaume de Saint-Thierry


C’était pendant la nuit de Noël : les membres de la famille du vertueux Tescelin (père de saint Bernard) réunis dans le lieu saint, attendaient pour commencer l’office, l’heure anniversaire de la naissance du Messie.
Bernard (qui avant 5 ou 6 ans) assis parmi eux, et recueilli en lui-même, considérait ce grand mystère de la naissance du Sauveur, lorsque penchant la tête sur la poitrine, il s’endormit.
Au même instant, se déroulèrent à son esprit les scènes adorables de la Nativité.
Le Verbe fait chair, le plus beau des enfants des hommes, se présenta à ses yeux comme naissant une seconde fois du sein de la Vierge Mère, et brillant comme l’époux qui sort de sa chambre nuptiale.
Ce spectacle ravit entièrement les affections de ce jeune cœur, qui déjà ne tenait plus rien de l’enfance, et Bernard demeura persuadé, comme il le croit et le déclare encore aujourd’hui, que l’heure où il eut cette vision était celle même de la naissance de l’enfant Dieu.
Quoiqu’il en soit, il serait difficile à ceux qui l’ont souvent entendu prêcher de ne pas remarquer combien de grâces et de bénédictions découlèrent de son âme pendant cette bienheureuse nuit.
Car depuis cette époque, il semble avoir acquis une connaissance admirable de ce profond mystère, et toutes les fois qu’il en parle l’abondance et la grâce de ses paroles montrent assez combien il est pénétré du sujet qu’il traite.
Evidemment c’est cette vision qui lui a inspiré cette homélie, des premières sorties de sa plume, sur ces paroles de l’évangile : « L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de la Galilée, etc. » (Luc 1, 20). Travail remarquable, dans lequel il donne à la Vierge Mère et à son divin Fils les plus magnifiques louanges.